L'énergie fournie par la biomasse est-elle vraiment « verte » ?

Publié le par François Cordelle

La réponse politiquement correcte donnée est très généralement : oui ; mais, à y bien regarder, cette affirmation n'est basée que sur un raisonnement faux.

Le qualificatif « vert » signifie que cette énergie n'a pas pour conséquence l'émission de CO². Or, quand on brûle du bois par exemple, il est incontestable que les fumées contiennent principalement du CO², qui se dissipe dans l'air.
Le fait que ce bois ait été fait en absorbant, depuis plusieurs décennies, le CO² de l'époque, n'a aucune action permettant de « gommer » l'augmentation de la quantité de CO² dans l'air, avec tous les inconvénients assortis. L'action présente n'a aucune influence rétroactive.
Bien sûr, on peut dans le même temps, planter des arbres, mais combien d'années faudra-t-il attendre pour utiliser le bois ainsi produit.

On pourrait appliquer le raisonnement incriminé aux combustibles fossiles, qui proviennent de la biomasse de l'époque, qui n' a pas été brûlée, mais s'est conservée patiemment pendant des millions d'années pour faire un stock qui n'a été utilisé qu'à partir du moment où les hommes ont trouvé le moyen de faire du feu, et en très faible quantité ; vus ainsi, les combustibles fossiles devraient aussi être qualifiés de « verts ».
La réponse à la question est donc : non

La plantation de forêts est un moyen d'absorber le CO², mais pas du tout une ressource d'un combustible non carboné

Il faut bien voir que le CO² ambiant, provenant notamment de l'activité volcanique, a été transformé en matière végétale grâce au rayonnement solaire et à la fonction chlorophyllienne des feuillages. Cette action est une façon naturelle d'exploiter l'énergie solaire ; elle est lente, mais les temps géologiques ont permis que nous puissions en profiter.
De toutes façons, il est bien évident que la vitesse de développement des arbres n'est rien devant la vitesse à laquelle on en brûle le bois. La démonstration, si elle était nécessaire, en est que les forêts de l'île de Pâques et les cèdres du Liban ont disparu, comme auraient disparu les forêts anglaises si on n'avait pas découvert au XIXème siècle des mines de charbon en Angleterre.

Il faut enfin noter que le développement des forêts utilise une partie des surfaces cultivables, en concurrence avec les cultures vivrières qui elles aussi peuvent absorbe du CO², et que le « puits de carbone » dont on gratifie les forêts, n'est réel que pour des forêts jeunes pendant le temps de leur croissance. Pour les vieilles forêts, ne croissant plus et commençant à pourrir, elles dégagent plus de CO² qu'elles n'en absorbent (sans compter qu'elles produisent du méthane); le désir de conserver à tout prix les forêts « primaires » plutôt que d'exploiter le bois en les renouvelant ne va pas dans le sens de de l’absorption du CO².

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