Réflexions sur la biomasse et le CO²

Publié le par François Cordelle

J'ai été très intéressé par le concours que Sauvons le Climat a organisé pour des étudiants sur les problèmes que peut poser l'émission de gaz carbonique, conséquence de certains moyens de produire de l'énergie sur le climat. Les lauréats ont fait là un travail de qualité dont je les félicite bien volontiers mais qui appelle de ma part quelques mises au point que j'avais déjà faites et que je rappelle ci-après:

L'énergie électrique peut être produite par divers procédés que l'on peut classer en deux catégories, selon que l'énergie primaire utilisée nécessite le passage par l'intermédiaire de l'énergie chaleur, ou pas.

  • Dans le premier cas, on est contraint d'utiliser un cycle thermodynamique, avec l'inconvénient du second principe de Carnot qui limite le rendement de l'opération (chaudière et groupe turboalternateur).
  • Dans le second cas, la transformation d'une énergie mécanique se fait plus simplement, avec un excellent rendement. (chute d'eau, marées, courants, houle, vent, photovoltaïque...). De plus, il n'y a aucune émission de CO².


La chaleur peut être trouvée dans la nature : géothermie, rayonnement solaire, énergie thermique des mers. Cette source d'énergie ne produit pas de CO², quelle qu'en soit l'utilisation.
Par contre, lorsque l'énergie est créée par l'homme, elle est obtenue, soit chimiquement par une combustion (oxydation de produits carbonés : charbon, hydrocarbures, biomasse, gaz), soit physiquement au moyen d'un réacteur nucléaire (fission ou fusion d'atomes)*.

Contrairement au premier cas, la combustion, ou il y a production de CO² et d'eau, dans le second cas, la particularité du réacteur nucléaire est que la réaction physique sur laquelle elle s'appuie ne produit ni CO² , ni aucun autre effluent.

J'insiste sur le fait que tous les combustibles carbonés, fossiles ou non, produisent du gaz carbonique, qu'il faut compter dans l'augmentation de la quantité de CO² dans l'atmosphère; le fait que le bois (comme toute la bio-masse, les bio-carburants et le bio-gaz) ait été fait avant son utilisation ne change rien, c'est le passé ; l'absorption du CO² est un fait antérieur qui n'est absolument pas la conséquence de la combustion de ce bois. Si le bois était utilisé comme bois d'oeuvre, alors il ne faudrait pas compter une production de CO² qui, là, serait inexistante. Prétendre que la bio-énergie ne produit pas de CO² est contraire à la vérité; ce n'est pas parce que tous les médias l'affirment, que c'est devenu une vérité**. Si l'on appliquait le même faux raisonnement aux combustibles fossiles, qui sont de la bio-masse ancienne, mais de la bio-masse tout de même, on arriverait à conclure qu'aucun combustible ne produit de CO² ! Et même que les combustibles fossiles seraient renouvelables à condition de pouvoir attendre assez longtemps...

Planter des arbres est une manière d'absorber du CO², et il est louable de le faire si cela ne met pas en cause d'autres besoins plus indispensables, mais cela n'a rien à voir avec le souci de faire de l'énergie décarbonée.

D'autre part, s'il est exact que la bio-masse est renouvelable, il ne faut pas en déduire qu'elle est infinie ; c'est une énergie de flux, éternelle mais dans la limite de la valeur de ce flux qui, pour la forêt, est la vitesse de la croissance des arbres. On met beaucoup moins de temps pour brûler 1ha de forêt que pour amener cet ha à devenir une forêt exploitable. De plus, l'abattage réduit pendant un certain temps sa capacité d'absorption du CO².

 


*   Je regrette beaucoup l'usage, à mon avis abusif, du terme « combustible » que les américains ont utilisé (fuel) pour désigner l'uranium, car il ne s'agit pas du tout d'une combustion (voir dictionnaire). Il s'ensuit une assimilation nuisible. Les masses sont d'un tout autre ordre de grandeur et la réaction nucléaire ne rejette rien. 
**  Voir mon billet : 
L'énergie fournie par la biomasse est-elle vraiment « verte » ?​

 

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