Quand on veut tuer son chien, on dit qu'il a la rage

Publié le par François Cordelle

Quand on veut tuer son chien, on dit qu'il a la rage

A propos de la situation financière d'EDF, les médias ne cessent de ressasser la question :
Comment en est-on arrivé là ?

On en est arrivé là parce qu'on a fait ce qu'il fallait pour que cela arrive : 
Pour lutter contre le réchauffement climatique, on a invoqué, à juste titre, le CO² émis, donc les combustibles fossiles, donc les usages des combustibles fossiles (chauffage, transports, électricité). Pour l'électricité, la transition énergétique avait été anticipée grâce au programme nucléaire réalisé au cours des années 70-80, et elle était décarbonée.Mais l'énergie nucléaire étant systématiquement ignorée de toutes les statistiques, comme si elle n'existait pas, que le seul fait de ne pas en parler la faisait disparaître, l'électricité ne pouvait alors provenir que de l'hydraulique (10% de la production) et des centrales thermiques pour le reste (90%), faisant de l'électricité une énergie essentiellement carbonée, à remplacer d'urgence par de l'énergie renouvelable, coûte que coûte, car le rapport coût / sur qualité+garantie est très élevé.

Et une cause est immédiatement avancée : la concurrence des énergies renouvelables.

Je voudrais en premier lieu rappeler qu'il y a plus de dix ans, il avait été reproché à EDF de jouir d'un monopole de fait, et qu'il y avait lieu d'ouvrir son marché aux autres pays de l'Europe afin d'avoir une concurrence véritable, gage assuré de meilleurs prix. Marcel Boiteux, alors Directeur Général d'EDF, avait fait la remarque que, les prix de l'électricité en France étant plus bas que partout ailleurs en Europe, le reproche d'abuser de son monopole n'était pas fondé et que le résultat de cette ouverture à la concurrence ne pouvait qu'aboutir à une augmentation des prix en France ; il ne fut pas suivi, et les prix ont monté...

Depuis, le sens du mot de concurrence semble avoir évolué, car, faire appel à la concurrence dans le cas des énergies renouvelables est faire preuve d'une hypocrisie rarement atteinte: les énergies renouvelables n'ont pu se développer qu'au prix du bannissement de toute concurrence, d'abord en en  subventionnant les investissements, puis en imposant à EDF l'achat de l'électricité produite à un prix beaucoup trop élevé compte tenu du caractère intermittent et aléatoire de cette énergie, et cela pendant une durée de 20 années ! On comprend aisément que des promoteurs privés aient usé et abusé d'une telle aubaine, au point de dépasser les quantités d'énergie admissibles sans mettre en cause la stabilité des réseaux de transport. Il n'y a pas eu concurrence, mais au contraire, volonté injustifiée, fait du Prince.

Si, dans le cas du Danemark, grâce au voisinage de la Suède qui produit plus de 50% de son électricité à partir d'aménagements hydrauliques de barrages et qui peut de ce fait, stocquer l'énergie excédentaire des danois (cela se traduit souvent par des ventes à prix négatifs!), il n'en est pas de même pour l'Allemagne qui, pour compenser la versatilité de ses installations éoliennes et solaires, doit faire appel aux combustibles fossiles (principalement au lignite, moins cher mais très polluant), augmentant ainsi ses émissions de CO².

Pour la France, les énergies renouvelables ne peuvent remplacer que très peu les énergies fossiles : ces dernières, qui ne contribuent que pour 4% de la production totale d'électricité, sont de l'ordre de ce qui est nécessaire pour compenser la perte de production résultant d'un effacement fortuit d'installations éoliennes ou solaires. II serait souhaitable dans ce cas, d'avoir uniquement recours au gaz, émettant moins de CO² que le pétrole et surtout le charbon.

Les énergies renouvelables ne peuvent donc que remplacer l'énergie nucléaire, et n'ont de ce fait aucun intérêt vis-à-vis des émissions de CO², ce qui étaient le premier but assigné par la loi sur la transition énergétique, le second étant le respect de l'économie.

La surcapacité importante, excessive même, des énergies renouvelables, avec la production accélérée du gaz de shiste aux Etats-Unis, ont eu pour conséquence une chute du prix de gros de l'électricité, ce qui aggrave dans l'immédiat la situation d'EDF, mais il serait dangereux de ne pas prévoir qu'à relativement court terme, le problème sera beaucoup plus celui de la quantité d'énergie dont on disposera que dans son coût ; c'est donc dans la durée qu'il faudra orienter les choix et les décisions.

Une étude très complète des problèmes énergétiques à venir faite par Jean-Marc Jancovici en 2012 a été remise au Président de la République ; cette étude, mise à jour en décembre 2015 pour tenir compte de l'évolution de la situation, montre dans sa conclusion les choix auxquels il faudra répondre pour réussir la transition énergétique en chiffrant les bénéfices et les coûts des diverses options possibles.

Je reviendrai sur ces questions pour expliciter ces options. 

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