« Gouverner, C'est prévoir »

Publié le par François Cordelle

« Gouverner, C'est prévoir »

Pour prévoir, on ne peut que s'appuyer sur la situation présente, penser à l'expérience du passé, et se donner un ou plusieurs objectifs (hiérarchisés), à court, moyen et long terme .

Le long terme est d'autant plus important à considérer que la réalisation des ouvrages nécessaires demandent de longs délais, ce qui est le cas en ce qui concerne l'énergie (production et transport).

 

Pour faire une bonne prévision, il faut impérativement respecter un certain nombre de règles :

 

  • Parler vrai, sans omission a priori, de tous les éléments pouvant entrer en jeu.

  • Parler net, sans ambiguïté, avec les unités adaptées

  • Chiffrer, que ce soit les performances (puissance, productibilité, garantie), les coûts (réels, avant toute correction de subventions ou d'obligation d'achat à un tarif fixé), les délais. Et le faire concrètement, en chiffres (puissance, énergie, temps, émissions de CO², occupation des sols...) et non en pourcentage, ce qui ne permet pas de bien juger des ordres de grandeur.

 

Moyennant quoi, il sera possible d'évaluer les différentes possibilités, en pesant les aspects positifs et négatifs sur tous les plans, techniques, sanitaires, financiers, les limites, les incompatibilités éventuelles, et de justifier les options retenues.

 

 

A la fin du mois de juillet 2016, un bilan a été fait sur la Loi Transition Energétique (LTE), la COP21 de Paris, et le futur lancement de la Programmation Pluriannuelle de l'Energie (PPE). La lecture de ce bilan confirme malheureusement les craintes que l'on pouvait avoir sur ce que sera la PPE : il y est beaucoup parlé de %, à des dates presque toutes différentes, le seul chiffre concret est celui du plafond de 63 GW de la production nucléaire, ce qui n'a aucun sens, ce qui est plafonné n'est pas l'énergie produite (kWh) mais la puissance installée (kW). Comme n'a pas de sens non plus la prétention très générale qu'un équipement donné peut alimenter la population d'une ville : la meilleure preuve en est qu'à la question de savoir si la ville peut donc être isolée du réseau, la réponse est toujours : ah non ! De plus, cette pseudo unité de mesure « à la louche », très souvent utilisée, ne compte pas non plus l'électricité contenue dans tout ce que nous consommons (denrées, meubles, services, loisirs...).

Exprimer des chiffres plutôt que des pourcentages permettrait de constater concrètement qu'il est consacré beaucoup d'efforts pour s'occuper d'une fraction très faible de l'énergie consommée, alors que sont négligés les problèmes du maintien des garanties, de la part principale de cette énergie, et de la puissance de pointe modulable indispensable.

 

 

La LPE s'attaquait à pas moins de 160 points jugés importants alors que le but essentiel était de lutter contre le réchauffement climatique, cité à juste titre en premier, mais dont la suite semble s'éloigner, pour laisser la place à des impératifs qui ne sont que des possibilités et non pas des nécessités.

La vérité est que la lutte contre le réchauffement climatique passe par la réduction des émissions de CO² dans l'atmophère, et que, en France, la transition énergétique pour l'énergie électrique ayant de fait été réalisée entre 1975 et 1995, il ne faut plus compter sur l'électricité pour réduire encore les émissions de CO².

Par contre, il serait équitable de créditer EDF du CO² évité du fait de l'exploitation de son parc nucléaire. Je rappelle qu'il s'agit de 350 millions de tonnes par an, et de plus de 10 milliards de tonnes de CO² depuis les mises en service des différentes tranches (ce qui correspond,avec une taxe carbone de 50 euros par tonne, à 17 milliards d'euros par an et 500 milliards d'euros en cumulé). Et toute action visant à réduire sans raison la production du parc nucléaire français ne peut qu'être défavorable au climat.

Si la production française d'électricité excédait la demande nationale, ce qui a souvent été le cas, on aurait bien tort de ne pas vendre cet excédent à nos voisins, ce qui, outre l'apport financier, nous permettrait de moins souffrir de leur pollution carbonée.

 

Les actions contre le réchauffement climatique ne peuvent donc que porter sur les secteurs du bâtiment, des transports et de l'industrie, questions qui ont été remarquablement traitées par Jean-Marc Jancovici dans une étude remise en 2012 au Président de la République, et mise à jour en décembre 2015, dont j'ai déjà parlé dans mon billet du 14 mai 2016.

Pour chacun de ces secteurs, l'objectif à atteindre est parfaitement défini, quantitativement et financièrement. Il apparaît que la façon de loin la plus économique pour parvenir à l'objectif cherché consiste à privilégier le développement de l'électrification des processus (notamment l'usage des pompes à chaleur pour assurer les besoins thermiques non fournis par le soleil).

Il faudrait donc prévoir une augmentation importante de l'usage de l'électricité, même si l'on envisage la réduction de l'énergie totale consommée.

 

Il me semble que les conséquences d'une baisse de l'énergie mise à la disposition des français n'ont pas été évaluées à leur juste valeur, car cela met en cause tout ce que l'on pourrait appeler la « qualité de la vie ». Combien vaut-elle, qu'accepterait la population ?

 

Enfin, puisque la France est capable de produire de l'électricité non carbonée, garantie et pas chère, ne serait-il pas judicieux d'en faire en vue de l'exporter vers des pays qui en manquent, ce qui serait une bonne action pour le climat, qui améliorerait la balance de nos exportations et nos ressources financières. L'électricité peut s'exporter aussi bien que des navires, des avions, des parfums...Je ne pense pas qu'on puisse nous reprocher une position dominante, car dans ce domaine, la France ne se connait pas de concurrent ; la privatisation d'EDF, imposée pour établir une concurrence supposée nécessaire à la baisse des tarifs, s'est révélée être une erreur puisqu'elle a conduit, comme l'avait formellement prédit le Président d'EDF, à une élévation du prix de l'électricité. Un monopole justifié par la nature de son objet, contrôlé efficacement par l'Etat, est une formule qui a prouvé qu'elle était non seulement viable, mais aussi très efficace.

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