Faut-il se lancer dans l'éolien marin ?

Publié le par François Cordelle

Faut-il se lancer dans l'éolien marin ?

Un récent article des Echos relate les péripéties des efforts faits par l'Etat pour développer une filière française capable de remporter des contrats d'éoliennes marines dans le monde.

 

Les six sites choisis avaient été attribués à Alstom et Areva, pour chacun : deux dans la Manche et un sur l'Atlantique.

 

Depuis, Alstom Energie étant reprise par General Electric est passé sous pavillon américain, et Areva a abandonné l'éolien marin à une société allemande. On peut se demander si, alors, les engagements pris tant pour réaliser des investissements lourds (à Saint-Nazaire, à Cherbourg et au Havre), que pour la création d'emplois (1700 emplois directs et 8000 emplois indirects) seront tenus, d'autant que les contrats à l'étranger se font rares.

 

Indépendamment des importantes dépenses déjà faites (on parle de 1,5 milliards d'euros), Les Echos évoquent les coûts occasionnés par la construction de cette « filière industrielle », lourdement subventionnée : selon la Commission de Régulation de l'Energie (CRE), l'électricité produite par ces champs marins sera vendue à un tarif moyen garanti de 200 euros par mégawattheure. Soit, calculait-elle fin 2014, un surcoût total de 38 milliards d'euros sur la durée des contrats, financés par les ménages via leurs achats d'électricité, ce qui est cher, rapporté à un peu moins de 10,000 emplois.

 

Dans la situation actuelle, en France, la production d'énergie de ce parc d'éoliennes marines ne peut pas concourir à la réduction des émissions de CO², car ces émissions sont déjà quasi nulles. Il est donc plus utile de consacrer des dépenses dans d'autres domaines émetteurs de CO². En France, la transition énergétique a déjà eu lieu depuis 1977, date à laquelle on a commencé à mettre en service les centrales nucléaires. A cette époque, 80% de la production d'électricité provenait du charbon et du fuel soit environ 200 Twh par an, émettant 200 millions de tonnes de CO² par an. (actuellement, pour plus de 400TWh, EDF n'émet pas plus de 5 Mt de CO², par an).

 

La seule justification de la réalisation d'un tel parc marin est le désir, injustifié, d'augmenter la part des énergies renouvelables, malgré leur coût et leur caractère aléatoire.

 

On peut d'ailleurs observer que ces 38 milliards sont le résultat du renchérissement du coût du kWh nucléaire pour « rendre rentable » une technique qui ne l'est pas ; c'est un mensonge qui appauvrit inéluctablement quelqu'un. Se serait-on lancé dans une telle aventure si, préalablement, on avait étudié techniquement et financièrement, comme cela a toujours été fait depuis la création d'EDF pour établir les programmes d'investissements en centrales hydrauliques ou thermiques ou en lignes et postes de transformation ?

 

Si l'Etat est disposé à dépenser 38 milliards d'euros en 20 ans pour créer des emplois, un calcul simple montre qu'il y a mieux à faire que se lancer dans l'éolien marin :

  • 38 milliards en 20 ans, c'est 1,9 milliards par an pendant 20 ans.
  • Cela peut être 19.000 € par an pour 100.000 foyers pendant 20 ans.
  • Ou 19.000 € pour 200.000 foyers pendant 10 ans.

 

Avec toutes les variantes sous forme de formation, apprentissage, ou simplement d'aides, etc.

 

La France vit des temps difficiles, elle ne roule pas sur l'or ; il serait temps de veiller à ne dépenser qu'avec parcimonie et à bon escient, comme il est dit dans une histoire connue.

 

Publié dans Eolien, EDF, Energie

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FLUCHERE 24/10/2016 16:39

Je partage totalement votre avis. C'est ruineux et n'amène pas d'économie de CO2 à une électricité déjà décarbonée.

Je vous adresse par courrier séparé un PPT que je vais présenter le 5 novembre au CCST d'Alès