Il faut avoir le courage de la vérité

Publié le par François Cordelle

Il faut avoir le courage de la vérité

Toute limitation de la production électrique possible du parc nucléaire d'EDF augmente d'autant la production d'électricité des autres producteurs européens, principalement à partir du charbon, donc en émettant du CO².

 

La loi sur la transition énergétique a été rédigée sans qu'aient été mentionnées et chiffrées les conséquences de son application, notamment du fait de la situation présente en ce qui concerne l'énergie électrique.

 

Rappelons qu'on ne part pas de rien, mais d'un parc de production en parfait état de marche avec un réseau d'interconnexion adapté aux besoins présents, même si le développement de nombreuses sources d'énergie à caractère intermittent et aléatoire a certainement réduit la capacité de ce réseau à répondre à des incidents tels que celui du 4 novembre 2006. L'amortissement, total ou partiel, de l'investissement de chaque unité, fait que le prix de revient marginal de l'énergie produite est de plus en plus faible, ce qui incite à maximiser la production, quitte à exporter le surplus. Toute décision de réduire volontairement la production sans raison technique ne devrait être prise qu'après examen des conséquences financières et des nuisances, notamment vis-à-vis de la lutte entreprise contre le réchauffement climatique.

 

L'importance croissante de la production d'énergies renouvelables, malheureusement intermittentes et aléatoires, impose un certain suivi de la demande par les centrales nucléaires, qui doivent donc garder une marge de puissance disponible ; si on décidait d'en réduire la production au delà de cette marge, on n'économiserait essentiellement que la valeur du combustible nucléaire qui ne pèse que quelques pour cent du prix de revient, et il faudrait tout de même produire autrement, ou importer si c'est possible (et à quel prix?). Le manque à gagner serait très important, et n'aiderait pas à résoudre les problèmes financiers préoccupants d'EDF, bien au contraire.

 

Il faut bien voir que toute réduction de la production d'électricité en France se traduirait au niveau européen (hors la France), par une production d'électricité supplémentaire provenant principalement de centrales à charbon ou au lignite ; actuellement, le bilan exportation/importation se traduit par un solde exportateur d'environ 50 milliards de kWh (50 TWh), mais si nos exportations sont décarbonées, les importations entraînent tous les rejets habituels : CO², pluies acides, particules fines, éléments radioactifs...

 

Actuellement, la production annuelle du parc nucléaire est en moyenne de 400 TWh, évitant les rejets de 400 millions de tonnes de CO² si le charbon était utilisé pour cela.

 

L'exploitation du parc nucléaire, de 1977 à 2017, a produit environ 20.000 TWh, qui, s'ils avaient été produits avec du pétrole, auraient émis 15 milliards de tonnes de CO². Faut-il regretter la décision qui a permis de décarboner la quasi totalité de l'énergie électrique française ?

 

Le candidat François Hollande a promis, en dépit du fait que la décision de fermer une centrale nucléaire ne peut être prise que sur la demande d'EDF ou de l'autorité de sûreté, de fermer la centrale de Fessenheim au cours de son quinquennat, promesse qui n'a pas eu de suite; Président, il a laissé entreprendre pendant ces 5 années les travaux importants et onéreux demandés par l'autorité de sûreté (pour accroître encore la sûreté, suite au tsunami de Fukushima) pour accorder 10 années supplémentaires d'exploitation de la centrale, ce qui a été fait. Quel sens a donc alors cette promesse non tenue?

Si malgré cela on décidait de fermer Fessenheim, c'est donc 12,5 TWh/an qui devraient immédiatement être produits ailleurs, avec l'émission de 12,5 tonnes de CO² chaque année. Est-ce bon pour le climat ?

 

Pour chiffrer la valeur de la nuisance entraînée par les émissions de CO², on peut se référer au rapport de Michel Rocard sur la « taxe carbone », en juillet 2009, rapport qui avait recueilli l'accord de tous les membres de la commission chargée de cette étude.

Il était prévu de fixer cette taxe à 32 €/tCO² au départ, croissant de 6% par an pour atteindre 100 €/tCO² en 2030, et 400 €/tCO² en 2050. (En Suède, cette taxe était déjà de 100€/tCO², et elle a atteint 140€/tCO² en 2015).

Même avec la valeur prudente de 100€/tCO² pour évaluer l'avantage du recours à l'énergie nucléaire pour faire de l'électricité, on constate que :

 

La centrale de Fessenheim évite par an 12,5 MtCO², valant 1,25 milliards d'euros

L'ensemble du parc nucléaire évite par an 400 MtCO², valant 40 milliards d'euros

L'énergie produite depuis 1977 a évité 20.000 MtCO², valant 2.000 milliards d'euros

 

Au vu de ces chiffres, on devrait examiner sereinement les problèmes posés par l'énergie, le climat et l'économie ; on n'a pas le droit de négliger l'aspect financier ; tout chiffrer pour bien peser les options avant de choisir.

 

Publié dans EDF, Energie, CO2

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article